Dans ce récit, je vais essayer de vous faire découvrir la magie d’une ascension sur le Mont KENYA.
Au dessus de la savane, se dresse isolé, le sommet le plus alpin de l’Afrique de l’Est avec ses deux sommets, le BATIAN 5199m et le NELION 5188m. Entre les deux, la fameuse porte des mystères (Gate of mists), ou porte des brumes, un nom évocateur.
Le Mont KENYA, vu depuis le camp de base le Makinder 4141 m, avec de gauche à droite le sommet du BATIAN avec ses 5199 m et le NELION 5188 m. Au centre la fameuse porte des brumes et sur la droite, isolée la pointe JOHN. Sous le glacier suspendu du DIAMOND les exceptionnels rubans de glace, le couloir Diamond et le WINDOW. C’est par ces deux itinéraires de grandes difficultés que nous gravirons ce sommet mythique.
En étant au pied de cette montagne, il suffit d’un coup d’œil pour comprendre que cette montagne est faite pour des alpinistes aguerris et techniquement préparés aux escalades d’envergures. Ici rien n’est facile, les difficultés techniques concentrées sur les 700 mètres d’escalade qu’offrent ces deux cascades de glace sont omniprésentes. Toutes les voies d’escalades glaciaires sur cette montagne, sont longues et difficiles et son altitude non négligeable, rajoute à la difficulté.
Le Mont KENYA est maintenant, depuis 1997, un Parc National, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Depuis cette date, il vous faudra louer les services d’un guide local pour pénétrer dans ce Parc, comme pour le KILIMANJARO.
Les 600 mètres de l’impressionnante face rocheuse Orientale du NELION, vue du sommet de la pointe LENANA 4985 m.
Au pied du Mont KENYA, vivent des colonies de DAMANS des rochers. Cet espèce de gros rat appartient à la famille des Ongulés, celle des éléphants. Ces bestioles sont craintives, mais n’hésitent pas à s’approcher de l’homme pour venir manger tout ce qui est mis à portée de leurs mandibules. Elle participent à occuper notre temps d’attente et nous permettent d’attendre que les conditions météo soient plus clémentes pour tenter notre ascension.
Ce petit animal au tempérament apparemment belliqueux est herbivore. Sa journée consiste à prendre le soleil, en général le matin et se protège des heures chaude quand le soleil est au zénith. Il prend ses repas en général, le matin et le soir.
Les colonies formées, peuvent atteindre en général, une trentaine d’individus. Leurs progénitures sont élevées par l’ensemble des membres de la colonie, pendant que le mâle dominant surveille les alentours, dans le but de repousser l’éventuel prédateur ou rival.
Son territoire se trouve en général, dans les affleurements rocheux, pourvus de cavités suffisamment conséquentes pour abriter la colonie.
Topo, permettant de situer les passages clés des ascensions.
Notre expédition a été agréée par la Fédération Française de la Montagne et cette ascension fut la quatrième réalisée depuis l’ouverture par les anglais en 1973. Nous sommes en août 1983.
Une fenêtre sur les passages clés du couloir Diamond et Window, le Head Wall et la porte des brumes.
Vue sur la pointe JOHN en descendant par la Makinder route, dans la paroi orientale du NELION.
LOBELIE arborescente (Lobélia Gibberoa).
Ici les porteurs (à cette époque), portaient de lourdes charges en étant équipés de sacs à dos lamentables. A ce jour, heureusement leurs équipements se sont nettement améliorés et la charge qu’ils portent est limitée à 20 kg. Je vous rassure, pour lui, sa charge était de 15 kg.
Sur cette photo, nous remontons la TELEKI vallée en direction du camp de base MAKINDER 4141m.
Sur les sept heures nécessaires pour atteindre le camp de base, nous pataugerons pendant plus de deux heures dans une tourbière de pente, véritable cauchemar de boue, ou nous serons trempés des pieds à la tête. Sur la photo, les Lobélies peuvent atteindre jusqu’à 1,20m de hauteur et les touffes d’herbes agglutinées les unes contres les autres, offrent un spectacle incroyablement beau. Mais quelle galère…
Une visite surprise. Ce petit passereau n’est pas très impressionné, des fois qu’il resterait des miettes…
Sur l’arête sommitale avant d’arriver au sommet satellite du mont KENYA, la pointe LENANA culminant à 4985m. En bas à droite sur la photo, le refuge HAUSTRIAN Hut.
Ici sur cette photo, le DARWIN glacier et le départ des goulottes, le Diamond et le Window.
Maintenant les choses sérieuses commence. Ici, les premières longueurs sur le Darwin glacier. Il en faudra cinq, avant d’arriver au départ des goulottes. La veille, la neige est tombée en grande quantité et les passages rocheux sont plâtrés à souhait.
Sur cette photo, la difficulté est bien ressentie. Georges progresse en tête sur une inclinaison d’environ 70° et arrive sous le Head Wall ( véritable chute de glace nous surplombant et menaçant les 400 premier mètres de l’ascension). La chute de stalactites du head wall est vraiment impressionnante, ce sont des tonnes de glace qui sont suspendues et qui surplombent les couloirs, dans un équilibre précaire et prêtes à tomber à n’importe quel moment au grès des éléments. Ce passage est le passage clé des deux couloirs, le Window et le Diamond, le deuxième étant plus exposé à ces dangers objectifs…
Juste avant d’attaquer les passages sérieux du Head Wall.
Au départ des deux couloirs sur le Darwin Glacier. En face, le Diamond et le Window. Au centre le Head Wall et le diamond glacier (glacier suspendu, débouchant sur la porte des brumes).
Avant le passage clé de l’ascension, dans le couloir Window.
Dans le Diamond couloir.
Avant de m’engouffrer sous le glacier suspendu, pour mieux en ressortir, par la fenêtre.
Sur cette photo, je suis sous le glacier suspendu et à gauche, en haut sur la photo, la fameuse fenêtre qui a donnée son nom au couloir que nous sommes en train de gravir. En 1979, David BELDEN, écrivait dans un article publié dans la revue Alpinisme et Randonnée, que ce couloir devait son nom au fait qu’un étroit boyau, du fond de cette grotte, donnait accès directement à la pente sommitale du mont KENYA. J’avoue ne pas avoir vérifié la véracité de ces affirmations.
L’équipe au sommet oriental du Mont KENYA 5188m, de gauche à droite : Claude GILLONIER, Marc BURGER, Christian BARBIER et Le chef d’expédition, Georges REGERAS.
Au sommet du mont KENYA, il y a un cube d’aluminium de deux mètres sur deux et d’un mètre de hauteur, accroché au bord de la paroi orientale par de petits câbles, c’est le bivouac HOWELL. Ce lieu se révèlera être un lieu plus que salvateur et nous y passerons une nuit avant d’entreprendre le lendemain, la longue descente par la face orientale vertigineuse, dominant en bas, le glacier LEWIS au pied de la pointe LENANA.
Premier rappel d’une longue, très longue série. Il nous faudra Une journée entière, dans des conditions hivernales pour mettre les pieds sur le plancher des Damans… En dessous, 600 mètres plus bas le glacier LEWIS.
Les 600 mètres de la paroi Orientale. Si vous regardez bien la photo, vous pouvez apercevoir au bord du vide, légèrement sous le sommet, le petit cube brillant au soleil, c’est le bivouac Howell. Vous pouvez imaginer la vue que nous pouvions avoir le soir au bivouac…
Un instant privilégié, comme seul dans ces moment, la pratique de l’alpinisme lointain prend toute sa dimension. Au cours de plusieurs expéditions sur le territoire du Kenya, j’aurai toujours et parfois la surprise de revoir ce porteur qui est maintenant, devenu guide. C’est comme ça que j’aurai la chance de partager avec lui, des souvenir devenus à jamais communs.
Nous ferons entre autres, l’ascension de la pointe PETER, culminant à l’altitude de 4757m. Cette arête rocheuse se révèlera être un empilement d’assiettes, mais malgré tout, un objectif bien agréable. Nous profiterons de quelques heures pendant que nous effectuions le tour du massif pour affuter nos chaussons sur ce mauvais rocher, comme on dit dans le jargon des alpinistes.
Marc arrivant bientôt au sommet de la pointe PETER 4757m.
GLADIOLUS MACKINDERI (Iridiacées).
PROTEE
Le Mont KENYA c’est aussi ça, alors prudence… Des déjections ont été observées jusqu’à 4000 mètres d’altitude.
Mais ça peut être aussi ce magnifique petit singe, mais méfiance, ne jamais laisser de la nourriture prêt de la tente et avoir toujours un œil sur son sac…
Quand vous rencontrerez ces jeunes guerriers Masaï (Morans) et que vous aurez peut-être la chance de converser avec eux, vous ne serez pas près de l’oublier… Vous n’aurez qu’une envie, c’est de repartir là bas pour partager avec ce peuple fier, magnifique et d’une gentillesse peu commune…
DAMAN des ROCHERS, au pied du Mont KENYA.
Dernière étape du tour du massif du mont KENYA. En bas et à gauche, le lac OBLONG TARN, à droite, le lac HAUSBURG, entre les deux et plus loin, le col ARTHUR à 4600m.
Ces Sèneçons géants (Sènecio Keniodandron), sont visibles sur les pentes du Mont Kenya, principalement dans les pentes et zones humides et ce, jusqu’à l’altitude d’environ 4200m.
Ce Daman des prairies, lui, vit plus bas dans les prairies ensoleillées. Il est un peu plus petit que son cousin des montagnes et plus mignon. Ses mœurs sont à peu près identiques à celles du Daman des rochers.
Dame Girafe de très près.
La même, avec un certain recul…
Une Antilope, au détour de notre chemin.
Ces Buffles, sur notre chemin en approchant la station météo, au pied du Mont KENYA, sont certainement les animaux les plus dangereux quant on approche ce genre de destination. Il faut rester à distance et être très vigilant quant à leur réaction.
A cette époque de l’année, ils sont des milliers à migrer sur les territoires des grandes réserves du KENYA, et ils n’arriveront pas tous à bon port… Ce sont des GNOUS.
Cette plante , un KNIPHOFIA THOMSONII (liliacées), est courante sur les pentes du mont Kenya.
Le Mont KENYA, jouit d’une flore très abondante, endémique, à la fois alpine et tropicale. Près de 1000 espèces y ont été recensées.
La même de plus près.
Cette fleur d’arbrisseau a été photographier en bordure de la forêt équatoriale en montant à la station météo au pied du Batian. Elle ressemble étrangement à une fleur de millepertuis mais ce n’en est pas une… Non déterminée à ce jour.
Enfin, trempés comme des rats nous posons les pieds sur le plancher des Damans. En l’occurrence sur le glacier LEWIS, après 11 heures de descente dans des conditions hivernales et une recherche d’itinéraire complexe et pas toujours évident avec la neige et le brouillard.
Un dernier regard sur cette montagne tant désirée, et il restera au plus profond de ma mémoire le souvenir d’une Aventure hors du commun. Elle restera une formidable expérience humaine, riche en émotions. Ces moments privilégiés ont été l’occasion de partager avec mes compagnons de cordée, des instants difficiles, des moments de souffrances, mais aussi, avant tout, des moments de joies et surtout, envers et contre tout, merveilleux.
Vingt cinq années après, encore cette aventure, en écrivant ces modestes lignes, reste en moi les enseignements et les bienfaits de cette expérience. Je n’oublierai jamais qu’une rencontre avec une personne peut vous amener à partager un tel voyage, mais aussi la découverte du continent Africain, peuplé d’hommes et de femmes, très attachants et d’une grande gentillesse, la découverte du massif du Mont KENYA, lieu alpin exceptionnel et incroyable. Ici, pour l’alpiniste, le mot Aventure a un sens et le mot Engagement n’est pas usurpé…
MERCI à toi, Georges…
Une orchidée terrestre, la DISA Stairsii.
Le mont Kenya, dans toute sa splendeur.
La forêt équatoriale, lors de l’approche du camp de base. Les arbres sont recouvert de mousses et une multitudes d’orchidées et d’autres plantes y poussent en toute tranquillité.
En montant au refuge AUSTRIAN HUT.
Marc, avant d’arriver au col HAUSBURG. A gauche, l’arête Nord nord Est et le sommet de la pointe PETER.
C’est l’heure du repas pour les Damans. Ici, au camp de base, ils sont malheureusement habitués à la présence de l’homme. Malgré tout, ils sont attachant et occupent bien les instants d’attentes ou de repos des alpinistes présents. Ils adorent les mangues… (photo prise lors d’une expédition en février 1993).
Rien n’ébranlera sa patience, pour peu que je lui fasse partager les restes de mon repas.
Il y a les Damans, mais il y a ce singe, d’une taille moyenne et qui est plus gonflé que ses voisins. Cet intrus d’un instant a littéralement explosé mon sac et se dit à ce moment précis, qu’il gouterait bien une petite compote aux pommes lyophilisée après avoir ingurgité un plat de veau au riz (photo prise à la station météo à 3220m).
Carte simplifiée du pays des Masaï.
LE KILIMANJARO
Sur cette photo, se dresse, les 5895 mètres de splendeur du KILIMANJARO. C’est le grand monarque de l’Afrique. Dès le XVI ème siècle, on savait qu’il existait en Afrique une grande montagne. Elle ne fut découverte que seulement un peu plus tard, par un missionnaire anglais, Charles NEW. On était en 1871. Ce missionnaire tenta de faire l’ascension deux ans plus tard et le paya de sa vie. Il fût attaqué et tué par des indigènes.
Ce ne fut qu’en 1889, que le sommet du KIBO fut fouler par trois hommes (Hans MEYER de LEIPZIG et par l’autrichien Ludwig PURTSCHELLER), accompagner d’un indigène.
Ce Mont Blanc africain, ne comporte pas de difficultés techniques particulières, si ce n’est son altitude. Encore aujourd’hui, de nombreux alpiniste et randonneurs, font demi tour et battent en retraite, faute d’acclimatation. Il faut dire que vous n’avez que cinq jours pour en faire l’ascension, faute de quoi, vous êtes prié de revenir une autre fois. Il vous faudra, alors repayer pour retenter l’ascension. Donc il est fortement conseillé de s’acclimater sur le mont Kenya, par exemple, avant d’en tenter l’ascension.
Un oiseau rencontré dans les premiers jour de la balade. Je serai incapable d’en donner le nom.
Son nid, apparemment il rentre dedans par un passage tressé avec des brindilles par le dessous.
Deux magnifiques criquets, GRASSOPHER ZONOCERUS ELEGAN. Ce criquet a la particularité de sécréter un fluide d’une odeur nauséabonde pour assurer sa défense, si l’envie vous venait de le toucher. Il a des couleurs pas très ordinaires…
L’équipe, en février 1993.
HOROMBO HUT 3720m.
En montant à KIBO hut, sur la selle à 4000 mètres entre Le KIBO et le MAWENZI sont voisin.
Ce porteur achemine le bois nécessaire à la cuisson de la nourriture d’une expédition, vers le refuge de Kibo-hut.
Ce porteur, comme beaucoup d’autres, utilise le charbon de bois pour se protéger de la réverbération du soleil en se maquillant les yeux avec. Cette méthode s’est avérée peu efficace car un peu plus tard il sera atteint d’une ophtalmie des neige et je serai obligé de lui donner mes lunettes (ce que je ferai avec grand plaisir).
Le MAWENZI, 5353 mètres. Ce sommet se trouve à l’Est du Kilimanjaro et son aspect est beaucoup plus alpin que son grand frère. En fait ce sommet est une grosse masse rocheuse et offre des voies d’ascensions se rapprochant plus de celles du mont KENYA. Il repose sur le même socle que le KIBO, sur une selle lunaire culminant à l’altitude de 4400m environ.
Le MAWENZI, entre deux nuages.
Le grand monarque de l’Afrique vu du MAWENZI. Ces derniers jours, il avait énormément neigé et il n’en était que plus beau.
Aujourd’hui, nous partons pour une petite balade en direction du Mawenzi, pour parfaire notre acclimatement. Peu à peu, malgré le mauvais temps, le sommet se dégage de l’épaisse couche de nuages et nous permet d’admirer sa beauté.
En montant à GILLMAN’S POINT 5685m.
Au fond, les séracs de la caldeira du Kibo. Cette photo est prise de la pointe STELLA 5800m.
Le soleil se lève et il a énormément neigé ces derniers jours sur le KIBO.
En descendant du KIBO.
Après 11OOm de dénivelée d’ascension, notre descente sera très sportive. En effet nous descendrons dans la journée 3100 mètres de dénivelée négatives et effectuerons 50 kilomètres, pour descendre d’une seule traite jusqu’à Mandara hut à 2750M.
Le début de notre ascension à KIBO HUT se fera à minuit et nous arriverons à mandara hut à 14h45.
En redescendant de STELLA pointe, Rémi…
Vue sur la caldeira du Kilimanjaro, photo prise de la pointe STELLA.
De retour à une altitude plus clémente, ces deux papillons, sur cette bouse, cherche un nectar hypothétique… Les mouches à leurs cotés sont apparemment plus à leur place…
Ce petit Caméléon, rencontré dans l’herbe, près de Mandara hut, n’est en aucune manière apeuré et poursuit tranquillement son chemin. Je vous rassure, sa langue n’est pas assez longue pour attraper les deux papillons sur la photo de dessus…
Cette Fougère gigantesque nous offre une prise de vue assez insolite…
Un visiteur de nuit.
Au détour d’un chemin, des enfants du KILI.









Je m’arrête à “hauteur” des lobélies, après je décroche (de peur de dévisser !) et encourage du regard les alpinistes chevronnés !
Christian, ton récit est vraiment intéressant et les images nous le font vivre plus facilement, je ne pensais pas que la flore était aussi importante dans ces contrées lointaines et en altitude qui plus est. Merci.
Bonjour DOMI, merci pour ton commentaire, si tu veux plus de précisions sur cette aventure tu as la possibilité de lire au jour le jour, sur mon blog :SOUS l’OEIL DES VAUTOURS. IL y a beaucoup plus d’anecdotes et de détails sur l’article Mont KENYA 1983.
J’avais déjà potassé l’article de ton blog :”sous l’oeil des vautours”
mais je prends encore beaucoup de plaisir à faire à nouveau cette ascension sur celui-ci, même si j’ai le vertige, je me cramponne à ma chaise
superbe !
bravo et merci
tout est passionnant:le récit,les photos!
joli cadeau que tu nous fait!!!
Merci Danièle et Mamyrasta, pour vos encouragements, j’ai grand plaisir à partager ces instants de vies avec vous. Il y en aura d’autres.